• De la difficulté mais du bénéfice d'apprendre à accueillir et à accepter les émotions qui dérangent.

 

Beaucoup de mes patients, et de patients en général, viennent consulter pour différentes problématiques sans parfois soupçonner que le cœur de leurs symptômes puisse être en lien avec un blocage émotionnel dû à une mauvaise gestion de leurs émotions.

 

En effet nombreuses sont les personnes qui ont comme réflexes (conditionnement dû à l’environnement sociétale, l'apprentissage, l'éducation), de refouler, d'anesthésier, d'enfouir dans le but de chercher à modifier et à contrôler certaines de leurs émotions. Ces personnes sont donc amenées à user de stratégies pour (tenter d')éviter d'être confrontées à leurs pensées associées à une ou plusieurs émotions désagréables ou douloureuses. 

 

Pourquoi, selon les individus et les contextes, accueillir et exprimer certaines émotions peut déranger ?

 

  1.  D'un point de vue interpersonnel : la peur de se mettre à nu, de décevoir, de déplaire, d'être rejeté, de montrer aux autres des parties de soi que l'on considère être des faiblesses... peuvent être angoissantes et faire barrage.

et/ou

 

    2.   D'un point de vue intrapersonnel : la peur d'être submergé et envahi par l'émotion, la peur de perdre le contrôle et/ou tout simplement le refus de ressentir une ou plusieurs émotions que l'on vit comme désagréable(s) et négative(s), peut amener à refouler/fuir l(es)'émotion(s).

 

Donc l'angoisse, la honte, la culpabilité et la peur de perdre le contrôle sont souvent des freins dans l'acceptation et l'expression de certaines émotions comme la colère, la tristesse etc.

 

[Et il y a aussi le phénomène de certaines émotions qui se cachent derrière d'autres. Comme par exemple être en colère pour ne pas ressentir de la tristesse... (cf. article : derrière la colère)].

 

On comprend donc mieux ce réflexe défensif, adopté par certains, pour mettre à distance certains de leurs ressentis, émotions ou encore sentiments, qu'ils analysent comme néfastes pour leur bien-être personnel et/ou dans leur relation à autrui.

 

Mais le problème avec ce fonctionnement de "fuite des émotions qui dérangent" c'est que les effets, bien que parfois bénéfiques à court-terme (car fuir l'émotion intrusive ressentie comme "négative" soulage sur le moment), deviennent handicapants et paralysants à long terme.

 

J'appelle ça " l'effet boomerang ".

 

Car l'émotion, mise de côté sur le moment, reste toujours présente. Les moyens adoptés, pour ne plus la ressentir, sont donc illusoires, car comme l'émotion n'est pas extériorisée elle ne peut donc pas disparaître. Elle reste alors "bloquée" à l’intérieur de soi et se (re)manifeste de différentes façons et c'est pourquoi, à long terme, ce fonctionnement peut engendrer  :

 

- Des somatisations : douleurs corporelles, maux de tête, de ventre, de dos, rougeurs, eczéma, paralysies etc.

- Des dépressions

- Des troubles anxieux

- Des ruminations

- Des troubles du sommeil

- Des troubles addictifs (l'addiction apparaît alors comme indispensable pour tenter de gérer et de faire disparaître ce trop plein d'émotion très souvent angoissant)...

- Des baisses de l'estime de soi et de confiance en soi

 

- Et pour certains qui se sont construits sur ce schéma de fuite de leurs émotions, ils vont sans s'en apercevoir se fabriquer un "faux self", c'est à dire une fausse identité. Car en refusant leurs émotions, ils refusent leur identité et vont donc s'habituer à jouer un rôle, c'est à dire à paraître. Le masque qu'ils se créent pour se protéger va prendre la place de la véritable identité et à force de "jouer un rôle permanent" la personne peut se perdre et ne plus savoir qui elle est vraiment.

 

Mon travail en tant que psychologue clinicienne, psychothérapeute et sophrologue, consiste donc, entre autres, à apprendre au patient à accueillir, accepter, ressentir et à exprimer ses émotions pour pouvoir les gérer et vivre en harmonie avec elles.

 

En travaillant sur l'accueil, l'acceptation et la gestion des émotions qui dérangent, j'en reviens à travailler avec mes patients sur l'acceptation et l'amour de soi.

 

 

 

Synthèse :


--> Acceptation de l'émotion dérangeante :

  • EFFET A COURT TERME (sur le moment)

- Sensation (parfois) désagréable et angoissante

- Peut d'être submergé par l'émotion

- Peur de perdre le contrôle

- Peur de déplaire et/ou d'être rejeté

 

  •  EFFET A LONG TERME

- Soulagement

- Bien-être et apaisement

- Sensation d'harmonie avec soi-même

- Acceptation de soi

- Amour de soi

- Réussir à vivre l'instant présent

- Relations interpersonnelles de meilleures qualités

--> Fuite de l'émotion dérangeante :

  • EFFET A COURT TERME (sur le moment)

- Sensation de soulagement sur le moment

- Illusion de faire disparaître l'émotion

- Illusion de contrôler l'émotion

- Illusion de se contrôler

 

  •  EFFET A LONG TERME

- L'émotion se remanifeste de plus en plus souvent

- L'émotion se remanifeste de plus en plus intensément

- L'émotion devient de plus en plus difficile à supporter

- L'émotion devient désagréable, paralysante et handicapante

- L'émotion peut créer de nouveaux symptômes (déprime, baisse des l'estime de soi, somatisations, ruminations)

- Création d'une fausse identité

- Repli

- Difficulté à vivre l'instant présent



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Article écrit par Pauline Odin, psychologue clinicienne, psychothérapeute, sophrologue, sur Issy-les-Moulineaux, à la limite de Clamart.