• La colère peut cacher d'autres émotions.

 

La colère est une émotion primaire, une émotion de base, une émotion que l'on ressent et connaît tous.

 

Mais ce que l'on sait moins, c'est que dans certaines situations, des émotions peuvent être présentes en nous, sans être ressenties consciemment, car elles sont annihilées par la colère.

 

C'est pourquoi parfois la colère n'est qu'une émotion que j’appellerais "secondaire".

 

C'est-à-dire qu'elle vient seconder une ou plusieurs émotions.

 

Elle devient alors une émotion que l'on ressent, que l'on exprime, et/ou que l'on montre, mais elle ne représente que la partie émergée de l'iceberg.



- Je vais illustrer mes propos avec un exemple concernant la TRISTESSE :

 

Peter est en couple avec Lucie depuis 4 ans.

Après une longue journée de travail, ils se retrouvent pour le dîner.

Lucie remarque que Peter ne semble pas bien aller.

Elle l'interroge.

Il lui répond que tout va bien.

 

Ils continuent de dîner mais Peter ne parle pas et dès qu'il s'exprime il est désagréable.

Elle insiste donc pour comprendre pourquoi il réagit de cette façon.

Instantanément Peter s'énerve et lui dit qu'elle l'ennuie avec toutes ses questions et qu'il aimerait bien qu'elle le laisse respirer car il étouffe à ses côtés !

Lucie, se sentant vexée et humiliée, s'énerve à son tour en lui disant qu'elle cherche à l'aider et que son comportement n'est pas acceptable.

Peter se lève de table en criant, renverse son assiette et s'exclame qu'elle lui "bouffe la vie" et qu'il n'en peut plus de ses reproches.

Puis il continue de s'énerver jusqu'à l'insulter.

 

Lucie pleure.


Peter se sent coupable et tente d'apaiser sa colère.

Mais ce dont Lucie et lui-même ne réalisent pas, c'est que cette colère vient de la tristesse refoulée de Peter.

 

De la tristesse que Peter ne veut pas (s')avouer.

De la tristesse qu'il ne veut pas exprimer.

 

Car en ce moment Peter est triste et angoissé.

Triste car tout ne se passe pas bien dans sa vie professionnelle.

Il n'a pas la reconnaissance souhaitée et pire il subit des menaces de la part de son patron.

Ne voulant pas s'avouer être triste face à cette situation et encore moins exposer ses problèmes à Lucie, il intériorise sa tristesse et ses angoisses.

Mais malgré ses tentatives d’étouffement de ses émotions, elles restent présentes en lui et engendrent de la colère.

 

Au fond :

 

Peter n'est pas en colère contre Lucie.

Ni même oppressé par elle.

Non.

 

Au fond :

Peter est oppressé par ses émotions refoulées.

 

Mais comme Peter ne veut pas ressentir de tristesse, il tente donc de contrôler ses émotions "parasites" en les étouffant au fond de lui. Mais ces dernières n'étant pas extériorisées, elles bouillent à l'intérieur de lui et le rendent agressif et à fleur de peau.

 

Peter a besoin de l'aide de Lucie (simplement une écoute bienveillante pourrait suffire) mais n'osant pas accepter et avouer ses réels ressentis, la colère ne cessera de réapparaitre et d'abîmer progressivement leur lien et donc leur couple...

 

Lucie va penser que Peter est un caractériel agressif, sans se douter une seconde qu'il est actuellement triste et angoissé...

 

---


Pendant l'enfance et l'éducation, certains enfants ne cessent d'entendre "tu es fort(e), ne pleure pas", "tu dois être le/la meilleur(e), tu ne dois pas être faible", ou encore "arrête de te plaindre" etc.


Soumis à cet apprentissage, certains deviennent conditionnés (pas seulement par l'éducation mais également par les diktats de la société) à cacher certaines émotions.

 

Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est que bien que cachée, dissimulée et non exprimée, l'émotion reste présente. Et l'émotion ressurgit (ou ressurgira) de différentes façons, sous forme de mal-être, mauvaise humeur, agressivité, crises de nerf, et parfois sous différents troubles somatiques ou psychologiques. (cf voir l'article sur accueillir ses émotions)

 

Certaines personnes pensent pouvoir régler leurs problèmes d'agressivité, en travaillant sur la gestion de leur colère, alors que parfois le problème de base est différent, la cause est autre.

 

  • Ce n'est pas en travaillant sur la conséquence (cf. dans cet exemple : les crises de colère) que l'on règle le problème.

 

  • Mais c'est en travaillant sur la cause (cf. dans cet exemple : apprendre et permettre l'expression des émotions/pensées/ressentis, refoulés ou non avoués/exprimés aux autres et/ou à soi-même...) que la conséquence changera.

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Commentaires: 7
  • #1

    Julie F. (vendredi, 10 juillet 2015 15:09)

    Moi je retiens ma colère, jusqu'au jour où ça pète et ça part dans l'excès, hors de soit, crise de nerf... A cause de la tristesse souvent

  • #2

    Thomas LT (lundi, 13 juillet 2015 11:28)

    Ça fait réfléchir !!!

  • #3

    Myriam Garcia (mardi, 21 juillet 2015 10:24)

    Très bel article ! Merci

  • #4

    Caroline Ravaux (mardi, 21 juillet 2015 11:31)

    Très intéressant. Je reconnais le discours "Sois fort, un homme ça ne pleure pas... on ne va quand même pas faire une chochotte". Dans ma jeunesse, je le considérais comme archaïque mais je l'ai retrouvé en tant que maman. Est-ce une question de milieu, de région? Et c'est affreux de se dire que ça peut détruire un enfant ou lui faire du mal en tout cas

  • #5

    nicouvp (mardi, 28 juillet 2015 07:48)

    en ce moment tout à fait moi
    je suis en colère voir plus.
    conditionnée dès l'enfance pour paraitre. on ne dois jamais dire je vais mal
    si bien que je suis devenue anorexique boulimique

    là je pète comme on dit un plomb. voilà une vie détruite. car je sais que pour moi
    c'est fini

  • #6

    paulineodin (mardi, 28 juillet 2015 09:30)

    Bonjour @nicouvp, je comprends à quel point cela peut être difficile pour vous et combien le ressenti de la perte d'espoir est lourd à porter. Mais croyez-moi, en vous faisant aider et accompagner par les bonnes personnes vous réussirez à combattre cette souffrance et à ressentir un mieux-être voire un bien-être. Ne perdez pas espoir. Courage et n'hésitez pas à me contacter si vous avez des questions.

  • #7

    R.D. (mercredi, 16 septembre 2015 18:14)

    Très intéressant. Je me reconnais bien dans cet description, je vais essayer de changer ça.
    merci pour cet article


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Article écrit par Pauline Odin, psychologue clinicienne, psychothérapeute, sophrologue, sur Issy-les-Moulineaux, à la limite de Clamart.